Les morts pèsent.
Dans la rue, sur le pavé, un reflet de tous ces mortels souvenirs. Laisse ta main frôler la pierraille. Les petits cailloux te déchirent la paume. L’un d’entre eux, caché sous l’ongle, te fait souffrir depuis le détour du boulevard.
L’air gonflé d’humidité, les nuages ne sont qu’une bouillie aérienne. Un masse de passants. Continue. Détourne-les, ces saris multicolores, ces visages incolores.
Les tissus volent au vent. Des drapeaux solennels de pays dirigés par des enfants.
Ne t’incline pas, continue, détourne-les. Trop de couleurs qui s’emmêlent. Un tourbillon de roses, de safran et d’asperges.
Tu n’aimes pas ces couleurs. Tu voudrais que les linceuls volent volent, loin loin, qu’ils t’échappent. Tu les tirerais contre toi, en ferait une messe noire pour les rendre immaculés. Tu arracherais tout.
Et alors, tes yeux cesseraient de piquer.
Tes morts pèsent sur le boulevard. Continue, prend ton pain nan, salue le type qui les prépare et continue.