Rue Saint-Denis
Tu sors du boulot. Il n’y en a que pour les Olympiques, les non-médailles, celles qu’on souhaite, celle dont on rêve, celle dont on se fout pendant quatre et qui nous apparaissent maintenant insoutenables tellement on les veut. Le Brésilien vient de chuter. Toute sa routine, parfaite. Le dernier saut, tout est fini. Dans quatre ans il n’aura plus de cartilage que des os de petit vieux. Dehors, une parade de fierté. Tu n’y a jamais assisté, ça ne t’intéresse pas. L’autobus que te mène directement chez toi est annulé, because un trop-plein de fierté, justement. Pourtant le chauffeur est là, il l’ignorait et t’offre de t’embarquer. T’espère que ça soit gratuit et pourtant. En cinq minutes, il a le temps d’insulter dans la presque même phrase les gais (les schtroumphettes), les Arabes (tous des voleurs) et les cadres de la STM (des pas de cervelles). Ton père était cadre à la STM. Tu aurais dû lui dire et pourtant. Ça va avec le personnage. Il te glisse au passage qu’il est célibataire. Tu fais comme si tu n’avais rien entendu. Les gens qui montent que des vieux, des obèses, des religieuses. Tu te demandes où elles se cachent habituellement. Elles sont contentes que le service ne soit pas annulé. Trois voiles blancs à l’avant du bus. Elles ne se parlent pas. Tu aurais cru qu’elles connaissaient toutes. Le chauffeur discute, arrête, tu descends. Il est gentil et pourtant.