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Une histoire de congélateur.
Il y a de ces jours où on ne sait pourquoi mais le cœur est sorti du congélateur sans qu’on le lui demande il a passé un long hiver indifférent à tout ce qui l’entourait à ces rencontres aléatoires avec des hommes miroirs il était là mais las il pulsait faisait son travail mais si peu. Il dormait d’un sommeil comateux inconfortable j’aurais voulu le secouer qu’il n’aurait jamais bougé. Le printemps est arrivé avec tous ses clichés et puis le congélateur a lâché prise et l’eau coule dans la cuisine le plancher gonfle lui aussi. Le dégât me rend étrangement heureuse.
Bibliothèque
Devant moi des livres
Ma bibliothèque
Mais surtout devant moi
Tout ce temps qui passe
Rangé en ordre de grandeur
Comme si
Sur le pavé de la cours des gens. Parlent parlent. Toi, au centre, tu écoutes. Souris, tu préfères. Les langues se délient avec l’alcool d’après-midi. Tu souris encore, il te semble avoir perdu l’usage de ta bouche. Aucun son ne veut en sortir, alors tu te contentes de sourire. Les paroles volent; les verres se cassent. Ton regard bifurque sur autre chose. Une belle photographie de ce repas dominical. Les banderoles, les fleurs du mois de juillet, ce bras, des cicatrices. Tu souris à cet ami qui ne veut pas répondre à tes questions. Tu fais comme si. Dans le ciel que du bleu. Jolie photographie.
Porte (bis)
La porte, lourde. Pousse-la, elle ne le fera pas pour toi. Tu glisses ta main. Fais attention aux échardes, la porte est raboteuse à quelques endroits. Tu continues de la toucher en espérant que.
Tu voudrais que quelqu’un te voit ainsi, faisant des cercles inlassablement contre le teck solide de la rue. Tu passerais pour fou, on te croirait fétichiste. Mais continue peut-être un jour pourras-tu la reconnaître au toucher seulement.
Derrière la porte, quelqu’un peut-être. Qui t’écoute, effrayé de tes gestes. Pose ton oreille. L’entends-tu t’écouter? Deux oreilles collées contre le bois qui cherchent à entendre le mouvement de l’autre.
Des portes, il y en a des centaines, tu les touches au passage, incapable d’y résister. Et tu n’es pas même foutu de reconnaître la tienne.
Les morts pèsent.
Dans la rue, sur le pavé, un reflet de tous ces mortels souvenirs. Laisse ta main frôler la pierraille. Les petits cailloux te déchirent la paume. L’un d’entre eux, caché sous l’ongle, te fait souffrir depuis le détour du boulevard.
L’air gonflé d’humidité, les nuages ne sont qu’une bouillie aérienne. Un masse de passants. Continue. Détourne-les, ces saris multicolores, ces visages incolores.
Les tissus volent au vent. Des drapeaux solennels de pays dirigés par des enfants.
Ne t’incline pas, continue, détourne-les. Trop de couleurs qui s’emmêlent. Un tourbillon de roses, de safran et d’asperges.
Tu n’aimes pas ces couleurs. Tu voudrais que les linceuls volent volent, loin loin, qu’ils t’échappent. Tu les tirerais contre toi, en ferait une messe noire pour les rendre immaculés. Tu arracherais tout.
Et alors, tes yeux cesseraient de piquer.
Tes morts pèsent sur le boulevard. Continue, prend ton pain nan, salue le type qui les prépare et continue.
Je suis…
… de retour, pour un projet bien précis. Recommencer à écrire quotidiennement après un projet qui m’aura pris les trois dernières années de ma vie. À suivre, donc.